NBA 3.0 et le nouvel âge d’or

Comment définir un « âge d’or »? L’expression, utilisée dans tous les domaines par les plus nostalgiques d’entre nous, semble condamnée à évoquer une époque à jamais révolue. Les années 80 sont souvent citées comme la dernière de ces ères dorées. Tout le monde s’intéressant de près ou de loin au basket a forcément déjà entendu parler des légendaires finales Lakers – Celtics, des Bad Boys de Detroit et leurs fameuses Jordan Rules, de la Draft 84 considérée aujourd’hui comme la meilleure de l’histoire… Pour définir un âge d’or, il faut donc des événements mythiques et un peu de nostalgie. Mais pas seulement.

Ce qui différencie un âge d’or des autres ères, c’est cette fameuse expression : « On n’avait jamais vu ça auparavant! »

La passe « Magic », illustration parfaite du showtime des Lakers

Briser les barrières établies

Avant les années 80, il était parfaitement impossible d’imaginer un joueur comme Magic Johnson, orchestre du basket Showtime des Lakers, bien trop rapide pour ses adversaires, meneur de 2 mètres 06 omniprésent sur tout terrain, disposant d’une vue panoramique et capable de tout voir à l’avance; Larry Bird, ailier blanc au physique loin des athlètes adverses et pourtant triple champion et 3 fois MVP de saison régulière d’affilée ; ou encore Charles Barkley, ailier fort d’1 mètre 98 plusieurs fois meilleur rebondeur de la ligue et véritable draxter en contre attaque, de son panier jusqu’à celui de l’adversaire.
On parle d’une décennie où ont brillé, très jeunes, le meilleur meneur, le meilleur joueur et le deuxième (et encore) meilleur ailier de l’histoire. Une décennie qui a vu de très grands joueurs offrir des performances d’anthologie au cours de séries d’un niveau de jeu et d’indécision rarement atteints. Un véritable Âge d’Or.

Partant de ce constat, on peut en effet statuer que les années 80 sont la dernière ère à avoir présenté toutes ces caractéristiques à la fois.

Les 2 meilleurs arrières de l’histoire en 1v1, rien que ça

La NBA de 1990 à 2017 : Aucun âge d’or ?

Que l’on se comprenne bien : les années 80 ne sont évidemment pas la dernière décennie à avoir vu évoluer de très grands joueurs de basket. On peut même rappeler que le meilleur joueur de l’histoire a dominé de la tête et des épaules la décennie suivante, avec 6 titres en 6 finales jouées et en ne jouant que 6 saisons et demies.

Quant à la décennie 2000 ? Pas en reste, avec un concentré incroyable de Hall Of Famers : Shaquille O’Neal, Tim Duncan, Kobe Bryant, LeBron James, Kevin Garnett, Dirk Nowitzki, pour ne citer qu’eux.

Cependant, il est difficile d’argumenter que l’on retrouve la particularité des années 80 au sein de ces décennies. Ce que l’on retient des années 90 c’est avant tout leur intensité physique et la présence du GOAT. Elles sont tellement écrasées par l’impact de Michael Jordan qu’il semble quasiment impossible d’évoquer des moments de légende qui ne soient pas liés à Sa Majesté. On peut bien sûr évoquer les Knicks de Pat Ewing et Pat Riley mais ceux-ci n’ont malheureusement gagné aucun titre. Idem pour Charles Barkley et ses Suns ou Karl Malone et son Jazz d’Utah – la faute à Jordan, justement. Ironie du sort, les 2 finales qui auraient pu être les plus anthologiques, les Bulls face aux Rockets d’Olajuwon en 94 et 95, sont celles qui n’ont pas eu lieu car Jordan avait choisi la retraite anticipée en 94 et était revenu bien trop tard en 95.

De même pour les années 2000, dominées par les Lakers de Shaq et les Spurs de Duncan à tel point que les Finales NBA furent pour la plupart moins intéressantes à suivre que les séries les précédant en play-offs.

Difficile aussi d’évoquer, parmi les très grands joueurs ayant évolué à ces époques, un joueur ayant révolutionné et dominé la NBA. Aussi impressionnant soit-il, le Shaq se dit lui-même être le fils héritier de Wilt Chamberlain. Bryant est vu par beaucoup comme le descendant de Jordan, lui-même vu comme celui de George Gervin et Julius Erving.
A vrai dire, seul Dirk Nowitzki peut se targuer d’avoir véritablement révolutionné le jeu en étant un très grand (2 mètres 11) ailier fort extrêmement fiable et indéfendable sur son tir extérieur. Le MVP 2007 a repoussé les barrières et est devenu la base même de ce que l’on considère comme un ailier-fort aujourd’hui. Justement, parlons d’aujourd’hui. Et de demain.

Le Greek Freak, extraterrestre dans ses oeuvres

The Future is now

A l’aube de la décennie 2020, il est temps d’annoncer l’arrivée d’un nouvel âge d’or. Conclusion hâtive ? Probablement, mais qu’il est bon d’y croire.
Rendez-vous bien compte, sur les 5 postes du basket, chacun possède déjà une superstar de moins de 24 ans. Surtout, chacune de ces stars révolutionne déjà le jeu, que ce soit par leur qualité de jeu ou simplement par leurs qualités physiques.

Ben Simmons fait déjà partie des 5 meilleurs meneurs NBA (oui oui, on a compté) sur cette saison 2017-2018 au bout de 22 matchs joués en carrière. Du haut de ses 2 mètres 08, 110 kilos de muscle et à tout juste 21 ans, le monstre des 76ers de Philadelphie est indéfendable sur son poste et tourne quasiment en triple double sur sa saison rookie. Un mélange inédit de taille, de maniement du ballon, d’intelligence de jeu et de qualités athlétiques hors normes.

Sur le poste 2, Devin Booker rappelle bien trop Kobe Bryant pour ne pas donner des larmes aux yeux aux fans du 8&24 des Lakers à chaque match qu’ils regardent des Suns. Shooteur d’une pureté rare, le jeune joueur de Phoenix a déjà effectué des sorties très remarquées, dont une à 70 points lors de l’exercice 2016-2017 et il ne compte certainement pas s’arrêter en si bon chemin.

Quand Devin Booker rencontre Kobe Bryant, son propre futur

Giannis Antetokounmpo est déjà mon joueur préféré à voir jouer en play-offs et est aujourd’hui le 3ème meilleur poste 3 de la ligue. A 22 ans, le Greek Freak des Bucks de Milwaukee est tout simplement inarrêtable sur un terrain de basket. Capable de démarrer ses doubles-pas depuis la ligne des 3 points et monstrueux en défense, sa puissance liée à son envergure extraordinaire font de lui l’arme ultime du basket du futur.

Karl-Anthony Towns, le KAT, a déjà tout ce qu’un joueur de basket doit avoir. Lors de sa saison sophomore en 2016-2017, le joueur des Minnesota Timberwolves, tenant à l’unanimité du titre de rookie de l’année, tourne à 25 points, 12 rebonds et 3 passes. A 21 ans. Capable de fulgurances à la passe, déjà hyper complet face au panier et adroit au tir, le KAT est l’équilibre parfait entre le 4 et le 5 avec une mentalité de champion et de vétéran. Au même poste, il est difficile de dissocier KAT de Kristaps Porzingis. Celui que l’on surnomme La Licorne s’est imposé comme l’évident futur des NY Knicks. Du haut de ses 2 mètres 21, capable de prendre feu au shoot, d’effacer n’importe quel intérieur sur son premier pas, il est aujourd’hui impossible de ne pas voir en Porzingis le basket moderne à l’état pur, liant les atouts de tous les postes et virtuellement indéfendable du fait de sa taille hors normes.

KAT et le Process, futur duel légendaire en Finales NBA?

Joel Embiid s’est fait attendre. Après avoir loupé ses 2 premières saisons NBA à cause de blessures multiples aux pieds, le « Process », du nom donné à la reconstruction de zéro de Philadelphie, a prouvé en une petite saison rookie (31 matchs) qu’il était déjà plus ou moins le meilleur pivot de la NBA. Vous en doutez ? Le nouveau chouchou des fans des 76ers (et des autres, admettons-le), lors de son 44ème match officiel en carrière, soit le 15 novembre dernier, mène son équipe à la victoire face aux Lakers avec 46 points à 14 sur 20 au tir, 15 rebonds, 7 passes décisives et 7 contres. Le tout avec des paniers clutchs au possible et des mouv’ à rendre jaloux tous les professeurs de danse du coin. Alors que les pivots semblaient voués à disparaître depuis la fin de la domination du Shaq, nous voici face au prototype même du pivot nouvelle génération et capable de régner sur la NBA très rapidement. Trust The Process.

Tous ces joueurs et bien d’autres encore sont dans des situations parfaites, avec des franchises qui comptent sur eux pour dominer la NBA de demain. Il convient aussi de noter, et c’est une première dans la grande ligue, que la plupart de ces stars de demain ne sont pas des américains.
Il est tout à fait possible d’avoir un jour un cinq majeur du All-Star Game et/ou une All-NBA First team composée de Simmons-Antetokounmpo-Porzingis-Towns-Embiid, soit Australie-Grèce-Lettonie-République Dominicaine-Cameroun. Du jamais vu.

Cette NBA du futur et tous ses joueurs 3.0 risquent d’arriver bien plus vite que prévu. Avec elle, probablement des moments d’anthologie, des records à tout va, une redéfinition de tous les postes. Des meneurs plus présents que jamais au rebond et des intérieurs plus adroits que jamais au tir extérieur, un rythme effréné, une efficacité inédite, des affrontements légendaires durant les play-offs. Tout est en place pour assurer que la NBA a de bien beaux jours devant elles.

Et que la révolution, elle, est bien en marche. Vers un nouvel Âge d’Or.

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